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RETROVISEUR 4 L'appel de Belleville

 

Il y a exactement 150 ans et quatorze jours, le 18 août 1871, un ouvrier parisien qui parlait assez l'anglais, interpella dans le quartier de Belleville un pasteur britannique venu distribuer des bibles en vue d'évangéliser. Le pasteur Robert Whitaker McAll (1821-93) relate ainsi dans son journal les mots de l'ouvrier.

« Dans ce quartier qui contient des ouvriers par dizaines de mille, nous ne pouvons accepter une religion imposée ; mais si quelqu'un de vous voulait nous prêcher une religion d'un autre genre, une religion de liberté en même temps que de réalité, beaucoup d'entre nous seraient prêt à accepter. »

 

Contexte : cette interpellation a lieu moins de trois mois après la fin de la Commune de Paris, dont l'impitoyable répression ravagea et ensanglanta Paris, notamment dans les quartiers de l'Est parisien. Précisément, la scène se déroule à deux pas de la rue Ramponneau, lieu de la dernière barricade, dont les défenseurs s'enfuirent vers le cimetière du Père-Lachaise, où ils furent fusillés sur le Mur dit des Fédérés. Lors de ces épisodes dramatiques, l’Église catholique avait largement pactisé avec le régime versaillais, d'où ce rejet viscéral dans un tel quartier.

 

Le pasteur McAll n'était pas un adepte du socialisme, qu'il voyait plutôt comme une menace conduisant les couches populaires vers l'athéisme. Son extrême familiarité avec la Bible lui fit ressentir l'appel de l'ouvrier parisien comme celui du Macédonien apparu en rêve à l'apôtre Paul, au moment où ce dernier hésitait à venir en Europe (Actes 16,9). Mais McAll comprit qu'une autre offre religieuse devait s'inventer pour répondre à Paris et dans toute la France à ces masses ouvrières nées de l'industrialisation et réclamant plus de justice et de bien-être.

Le 1er janvier 1872, s'ouvrit la première salle de la Mission McAll rue Julien Lacroix dans le 20ème arrondissement de Paris ; quatre ans après, il y en avait 19 et 136 en 1893, à la mort de leur fondateur. En 1879, ce réseau prit le nom de Mission Populaire Évangélique de France, qui sera la principale forme de présence du protestantisme français en milieu ouvrier et populaire. La Fraternité de Saint-Nazaire en est issue.

 

Bernard ROUSSEL, les cent premières années de la Mission Populaire, in Mission Populaire, Parole et Société, Paris, 1978.

 

http://le-blog-de-jean-yves-carluer.fr/2017/07/01/aux-origines-de-la-mission-populaire-evangelique/

RETROVISEUR 3

 

Il y a 25 ans, le problème du mal-logement se posait en des termes qui résonnent encore de façon très actuelle. Lettre adressée le 4 mars 1996 par le pasteur Etienne François, directeur de la Fraternité, à la Présidente du Tribunal de Grande Instance de Saint-Nazaire :

Les mots en caractères gras figurent dans le document original.

 

Madame la Présidente,

 

Nous connaissons bien les 5 personnes assignées aujourd'hui. Ils fréquentent la Fraternité plusieurs fois par semaine depuis un an. Ce cadre leur a permis une resocialisation progressive dont nous sentons tous les jours les effets. Ils le prouvent dans leurs rapports avec la Fraternité où il ne se comportent pas en « consommateurs » mais en usagers conscients que les services rendus ici ne « tombent pas du ciel ». C'est si vrai que nous avons suggéré que l'un d'entre eux soit admis en tant qu’inviter à notre Conseil de la Fraternité.

 

Leur installation dans l'ancien garage Citroën est très ancienne car il est à l'abandon depuis plus de six ans. Petit à petit, ils s'y sont installés, ils en ont fait un « chez soi » (ils ont même mis des verrous aux portes). Ils y vivent sans lumière, sans eau, sans chauffage. Ils maintiennent propres les locaux qu'ils occupent : le commissaire de police et l'huissier ont pu le constater.

 

Ils refusent les lieux d'hébergement mis en place par la ville (lieux qui sont d'ailleurs complets). Une chose leur reste : c'est de décider de refuser l'assistanat et ses contraintes (heure d'arrivée, de départ, repas collectifs etc.).

Ils sont tous les cinq âgés de plus de quarante ans et il est normal qu'ils revendiquent un minimum d'indépendance. Ils accepteraient volontiers que celle-ci s'exprime par le paiement d'un loyer pour occuper un logement ordinaire mais comment y accéder quand personne ne vous fait confiance.

 

Que vont-ils faire s'ils sont condamnés à payer les fortes sommes annoncées ? Nous craignons le pire : qu'ils partent ailleurs dans une autre ville en cachant leur identité pour fuir les risques de saisie ou de contrainte par corps. Nous craignons qu'une décision sévère à leur égard ne les pousse à devenir totalement clandestins dans leur propre pays !

 

Ce que nous, La Fraternité, demandons pour eux ? Un peu de patience : ils sont en démarche de réinsertion. Deux d’entre eux avaient rendez-vous ce matin même au CCAS pour signer un contrat d’insertion. Alors ne peut-on ne rien bousculer et tolérer leur présence le temps qu’un logement soit trouvé avec notre aide et celle du CCAS et des autres associations caritatives locales ?

 

Ils sont 5 et solidaires. Quatre perçoivent le RMI et le 5ème 2300 F d’assedics. A leur demande, nous en embauchons deux en CES d’ici la fin mars. Tout ça pour rendre l’accès au logement possible. Avec l’aide de l’APL, ils sont en mesure de payer 1 ou 2 loyers.

Mais surtout, qu’on ne leur mette pas la tête sous l’eau au moment où quelques solutions se dessinent et qu’ils sont prêts à les saisir !

 

Pasteur Etienne FRANÇOIS

Et l’équipe des bénévoles.

 

Le RMI était le RSA d’aujourd’hui. Un euro = 6,56 FF

 

Le Pasteur Etienne François exerça son ministère à Saint-Nazaire de 1994 jusqu’à sa mort précoce en 1997. On lui doit la construction des garages de la Fraternité dans le cadre d’un chantier d’insertion avec des Contrats Emploi Solidarité. Avec sa compagne Martine Costes, il est le fondateur de METANOYA, structure de formation pour la lutte contre la prostitution et les violences sexuelles.

 

Pour toi, la Frat', c'était quoi ? Témoignage de Paul Ouassini*

(recueilli en 2013)

 

Né en 1945, il se définit comme un enfant de l'après-guerre nazairien ayant vécu son enfance dans les ruines et la reconstruction de la ville. Son témoignage concerne les années 50-60. Après avoir longtemps « bourlingué » en Asie et vécu à Paris, il est revenu vivre à Saint-Nazaire. (introduction et notes de Jean Loignon)

 

Après avoir fréquenté celle de Nantes, il était normal qu'en évoquant à Saint-Nazaire nos pas nous portèrent dans le centre ville rejoindre la Fraternité située dans le périmètre bordé par les rues Marceau, du Maine, d'Anjou et des Caboteurs. Après guerre comme chacun le sait, la ville ayant morflé, Saint-Nazaire était couvert de cabanes canadiennes et de bungalows américains. So it goes ! Les dépendances de la Frat étaient toutes de bois construites. Deux pasteurs et leurs familles habitaient les lieux. Le pasteur Charly Hedrich et le pasteur Georges Velten.

 

Par où commencer ? Le côté religieux d'abord, parce que le protestantisme avant tout a des implications spirituelles. Le dimanche matin il y avait le culte pour les grands, et pour les petits le catéchisme que nous appelions l'Ecole du Dimanche. Le B à BA de l'éducation religieuse : la vie de Jésus, l'étude du Nouveau Testament étaient enseignés par Madame Velten et des monitrices. Je rejoignis aussi les louveteaux. Il y avait plein d'autres activités, mais à 8 ans ça me dépassait. Pour nous les mômes c'était le jeudi pour la Meute et les activités ludiques et le dimanche pour la tradition. Tout était de plain-pied sauf le local des louveteaux qui était perché dans une espèce de grenier. Il fallait grimper une échelle en bois, bancale qui de nos jours serait interdite. Il y avait une ambiance et une atmosphère que mon manque de talent ne peut vous décrire. De nombreuses sorties, des pique-niques, des camps dans la campagne et sur les bords de mer. Nous allions jusqu'à Sainte-Marguerite, Pornichet, le Pouliguen où l'on trouvait en bordure de mer des endroits non construits, couverts de pins. Saint-Michel Chef-Chef avec la Brise de Mer qui nous servait de point d'ancrage. J'ai souvenance d'Irène Velten (je ne la tutoierais qu'en 1982) qui faisait de nombreux allers et retour pour transporter les gamins que nous étions dans sa 2 CV. Entassés pêle-mêle, avec elle, il y avait peut être 7 ou 8 moutards dans la « Citron1 »

 

Et puis intra-muros, il y avait les fêtes paroissiales, Noël, Pâques qu'il fallait préparer à l'avance. De l'occupation, de l'effervescence qui débouchaient le jour venu sur de la joie, du bonheur, de la fraternité. Durant l'été 1953, mon frère et mois sommes allés à Coqueréaumont en Normandie, colo protestante. Le petit groupe de Saint-Nazaire avait voyagé en 3ème classe par le train de nuit pour rejoindre les Parisiens. Nous avions plusieurs heures à attendre avant de prendre un car pour arriver à destination. Nous sommes allés pique-niquer au Jardin des Plantes et dans la foulée avons visité la galerie de l'évolution du musée d'histoire naturelle. Deux mois en Normandie, 60 ans plus tard, je m'en souviens encore. Les jeux, les sorties, (illisible), l'encadrement de mômes à la plage. Les fêtes du samedi soir avec chants, sketches... Quelle ambiance, que d'images emmagasinées. Dans la campagne environnante, du vert, de nombreux bois, le travail agricole à l'ancienne. Les fermières trayant dans les prés. Je ne suis pas pêcheur mais j'étais déjà braconnier... La multitude de truites dans les ruisseaux limpides... Bon revenons à nos moutons. L'emploi du temps de notre enfance était bien rempli, la famille, l'école, la Frat. Le temps passait vite. J'ai découvert l'amitié, Roland, Paulo, François, Charles-Edouard, Yves, Bouboule... et les liens perdurent encore.

Et puis en 1956 il y a eu le grand chambardement. Direction le Nord, à quelques pas de la gare, la nouvelle FRAT qui va garder cette appellation bien longtemps après l'enterrement du nouveau franc 2. La nouvelle FRAT puisqu'il faut l'appeler par son nom « capable d'enrichir en un jour le Panthéon » attira à elle toute la communauté parpaillote et plus si affinités. Elle était moderne, fonctionnelle. Nous les minots, nous étions trop jeunes et plein d'entrain pour être nostalgiques de la vieille FRAT. Essayons de la décrire : une grande salle de spectacle avec une vraie scène ; étonnés nous étions. Une pièce pour le culte dominical. Deux appartements pour les familles de pasteurs. Dans le sous-sol des locaux pour les activités ludiques et pratiques et encore des pièces au rez-de- chaussée sous l'appartement des Velten. Autour il y avait plein de terrains vagues souvent habités par les ronces, les orties et les queues de renard. Saint-Nazaire se remettait à pas lents de ses blessures de guerre et la reconstruction allait encore durer un certain temps.

Nous avions deux pasteurs Georges Velten et Roger Crapoulet. Deux hommes différents mais très efficaces. Animant et administrant le navire avec une volonté, une ténacité à toute épreuve. Leurs présences, leurs personnalités, leurs conseils ont été déterminants et ont accompagné ma vie durant fort longtemps. Et la vie était ardente, prometteuse...Par manque de talent ai-je dit et la paresse aidant, il m'est difficile de détailler toutes les activités et les moments forts que nous avons vécus. Les fêtes avec spectacles, jeux, stands divers, kermesses qui valaient le détour et qui laissèrent des empreintes dans nos caboches d'enfants. Dans le désordre, je pense aux pièces théâtrales mises en scène et interprétées par le clan Civel-Clavier-Deray3

 

 

Roger Crapoulet avait lancé un ciné-club. Chaque semaine la salle ouvrait ses portes à une foultitude de personnes. Après la projection une discussion prenait place et était particulièrement animée.

Encore quelques souvenirs avant de terminer ma mission. La troupe des éclaireurs unionistes portait le nom du Docteur Schweitzer parce que M. Hedrich était un parent d'Albert.

Les scouts avaient des spécialités brevetées maison. Il fallait passer les épreuves. Les moniteurs, monitrices étaient nos examinateurs. Nous postulions pour tel ou tel brevet. Un jour Mme Velten s'étant accidentellement planté une écharde dans une main me demande de la lui ôter. J'avais de bons yeux à l'époque et n'avais pas la tremblote. Je pris une aiguille que je flambais pour la désinfecter. Et la main de la femme du pasteur dans mes menottes, je retirais rapidement et habilement l'éclat de bois. J'obtins ainsi, sans tambour ni trompette le cordon de secouriste. En présence de beaucoup plus de témoins, Doudou reçut après des efforts plus élaborés son brevet de cuisinier que nous ses compagnons de vacances sous toile apprécièrent à plusieurs reprises surtout lors du camp franco-américain qui s'est déroulé au Faouet.

A l'époque des louveteaux, bien des lunes auparavant, nous avions bivouaqué à Saint-Michel Chef- Chef pour la totémisation de la moitié de la Meute. On nous avait réveillés dans la nuit, fait crapahuter dans les bois alentour, en nous filant la frousse et puis dans le plus grand secret, un par un, nous sommes passés au trapèze.

A la file indienne, les louveteaux éblouis par le rayon lumineux d'une lampe de poche passèrent devant trois aînés masqués par la pénombre et reçurent un vocable s'accordant à leur personnalité.

Qui s'en rappelle encore ??

Loup serviable pour François

Loup gris pour Paulo

Loup actif pour Doudou

Loup bavard pour Bibi....

A suivre

 

 

 

1Pour Citroën

2En fait, l'enterrement de l'ancien franc en 1959.

3Yvonne Civel, Evelyne Clavier et Christiane Deray sont en fait trois des quatre sœurs Van Hooland, filles de Gédéon et Claire V H. installés à Saint-Nazaire avant-guerre.

*Paul Ouassini vient toujours à la Fraternité. Il participe à de nombreuses activités et donne des cours de boxe Thai.

Rétroviseur 1 : Deux frères à la Fraternité de Saint-Nazaire

          On les a vus mille fois en passant devant, au point de les oublier, fondues qu'elles sont dans le paysage de la Fraternité. Quoi donc ? La fresque de la façade sur rue et le décor de la croix sur le mur de droite en entrant. Ces deux œuvres d'art ont été réalisées par deux Suisses, frères de la Communauté de Taizé, Eric de Saussure pour la fresque, Daniel de Montmollin pour le décor en céramique.

 

Taizé ? Une aventure spirituelle d'origine protestante qui, depuis 1944, tente l'expérience d'une vie monastique masculine, de l'oecuménisme et à partir des années 70 d'une ouverture au monde, particulièrement en direction de la jeunesse. Dès ses débuts, Taizé que le pape Jean XXIII salua comme « un petit printemps » attira des talents d'artistes reconnus.

 

Comment les reconstructeurs de la Frat' en 1955 (après la destruction du premier local rue Jeanne d'Arc dans les bombardements de la guerre et l'épisode d'une baraque provisoire rue des Caboteurs) entrèrent en contact avec les frères de Taizé ? D'un côté une Mission Populaire qui vivait l'enseignement du Christ dans un engagement complet aux côtés des populations ouvrières, de l'autre une communauté d'hommes qui choisissait une vie contemplative, au rebours de la tradition protestante... La rencontre se fit pourtant et si la mémoire n'en a pas retenu les modalités, nous pouvons citer les noms du pasteur Georges Velten, animateur de la Fraternité de Saint-Nazaire de 1945 à 1960 et celui de Marcel Bouscasse1, l'architecte nazairien qui réalisa le bâtiment actuel.

 

 

 

 

La fresque : trente carrés qui dessinent un paysage stylisé de bateaux et de grues : nous sommes dans le Saint-Nazaire des chantiers navals et du port. Au premier plan, un couple avec un bébé et un enfant qu'attire un crabe, tandis que des jeunes jouent au ballon : image des plages offertes à tous. A droite, une scène plus énigmatique : une mère avec son fils semble être présentée à un personnage brandissant un livre. Quel livre ? Cela n'est pas indiqué. D'aucuns y verront la Bible et une figure pastorale, tout comme les poissons2 peuvent symboliser le christianisme ; mais peut-être aussi l'image de la culture pour tous, tout comme le soleil évoque l'espérance d'un avenir meilleur. Autant d'hypothèses possibles mais laissées à la libre appréciation de chacun.

A l'intérieur, une haute et mince croix rappelle aujourd'hui l'identité chrétienne du lieu, dont la salle dite « le foyer » servit longtemps au culte réformé. Mais cette croix nue ne fut pas toujours là. Elle n'existait pas quand Daniel de Montmollin fit le choix de représenter un marteau et des clous, symbole éminement ouvrier mais suggérant par des épines la crucifixion du Christ. Sur un second carreau, une barque sur des flots agités où souquent des rameurs entraînés par un capitaine : la tempête n'est pas apaisée mais l'équipage uni tient son cap. Enfin, sur le troisième carreau des chaînes brisées disent la libération des opprimés. C'est donc, comme sur la fresque, la représentation d'un christianisme implicite, suggéré pour une libre acceptation ou pas...

L 'absence originelle de la croix surprend : au 19ème siècle, certains pasteurs y étaient hostiles car ils y voyaient une forme d'idolâtrie. Ici, cette absence peut signifier un Christ choisissant de se retirer du monde terrestre – par l'Ascension – et confiant aux hommes et aux femmes la responsabilité d'accomplir ici la mission (populaire !) d'un Royaume déjà là et encore à venir.

 

Jean Loignon

 

1On doit à cet architecte, membre actif de la paroisse protestante, la réalisation des Bains Douches et d'immeubles dans le quartier des Halles.

2Le mot grec « ichthus » (poisson) est l'acronyme en grec de Jésus Christ, Fils de Dieu et Sauveur. Il servit de signe de reconnaissance aux premiers chrétiens.